samedi 18 juin 2011

dis-moi tout

"Tu reconnais l'amour à sa dépouille. Tu t'en fais des manteaux de papier. Les poches en sont percées, par où s'enfuit le sens."

dimanche 24 avril 2011

30 ans

Hier, j'ai eu 30 ans. Un assez bon compromis entre mon âge mental (15) et celui de mes artères (45, au mieux).

mardi 12 avril 2011

dimanche 3 avril 2011

expiration de la date de rédemption

M. le Maire de Paris,

Je vous écris pour me plaindre. (J'ignore si je m'adresse à la bonne personne. Prière, si nécessaire, de rediriger mon courrier.)
Cette année, comme d'ailleurs les cinq précédentes, les rues ne m'ont pas été rendues. Je ne suis pas tout à fait idiot, je sais faire la différence entre une rue et une imitation de rue. Oui, j'ai fait mon catéchisme, je sais faire la différence entre Jésus et Houdini, un miracle et une astuce.
Quant à la chaleur tombée ces jours-ci, je dois dire qu'elle m'a laissé comme un arrière-goût de malaria, le sentiment d'un massacre à venir, comme on en voit sous les tropiques.
En revanche, je tiens à souligner la tenue irréprochable de la compagnie des pétasses héliportées qui, aux premiers jours du printemps, s'est abattue sur la ville. J'ai trouvé leurs culs très bien dessinés. (A ce propos : où stockez-vous les modèles d'hiver ? Disposez-vous d'entrepôts prévus à cet effet ? Vous me direz, un jour, ça m'intéresse.) Par contre, j'ai remarqué quelques pixels disgracieux dans la barbe de trois jours de leurs compagnons enseignants et architectes. J'ajoute que l'accent des pakistanais ("Non, vraiment, merci, je ne souhaite pas offrir une rose à ma voisine") m'a semblé un peu outré.
Toujours est-il qu'en prenant la rue Oberkampf, j'ai eu quelques hoquets d'enthousiasme ; en rentrant chez moi, j'ai même pensé ouvrir la fenêtre. Mais ce sursaut printanier n'a pas tardé à s'émousser, la faute en revenant à la faiblesse globale de votre reconstitution. Elle ne tient simplement pas.
Je vous dis ça sans méchanceté, c'est dans l'espoir qu'avec les moyens dont vous disposez, vous voudrez bien revoir un peu votre copie. D'autant plus que l'édition 2010 - 2011 de l'opération "Hiver à Paris" était, elle, particulièrement convaincante (mentions spéciales à bruit de pluie sur tôle, neige noire, déprime en basse luminosité, courant d'air froid dans transports en commun).
Vous n'êtes pas encore parvenus, vous et vos sbires simili socialistes, à me refouler vers Montreuil ou Bagnolet ; aussi me sens-je, et de plein droit, parisien à part entière. La souffrance bien réelle qui me tord les boyaux jusqu'à pas d'heure mérite bien l'illusion convaincante d'un printemps.
Je ne doute pas que vous saurez procéder aux ajustements nécessaires. Sans quoi, bientôt, plus personne ne croira en Paris.

samedi 2 avril 2011

un coup d'sans-fil à passer

"Alors, tu bosses dans un collège ? T'es surveillant ?
- Ouais. Mais, bon, c'est un job alimentaire.
- Ah.
- Ça veut pas dire que je les mange.
- Hein ?
- Les enfants. Ça veut pas dire que je les mange.
- Ah.
- ...
- ...
- ...
- Oh. Ça vient d'me rev'nir, j'ai un coup d'sans-fil à passer. Tu m'excuses, deux minutes ?
- Ouais. Bien sûr."
Son cul s'éloigne dans l'embrasure de la porte.

dimanche 27 mars 2011

Constance was here

"Un jour, on ne la revoit plus. Aux amis qui s'étonnent de son absence, les voisins disent que la lumière est allumée ; que, parfois, l'on perçoit des frottements, et, si l'on tend assez l'oreille, comme la velléité d'une voix. Elle ne lève plus les pieds qu'à demi, mais glisse encore un peu sur le parquet flottant de la chambre. Dans le couloir, la moquette affaiblit encore sa présence en soi amortie. Aussi, pour les plus clairvoyants, la détonation – Beretta 9mm – semblera-t-elle, plus qu'une fuite hors du réel, une façon d'y retourner in extremis ; d'y faire un peu de bruit, d'y planter sa banderille ; CONSTANCE WAS HERE."

mercredi 23 mars 2011

mille petites putes

Dans des conversations fictives, elle triomphait de sa faiblesse ; elle relançait le feu d'une bûche, étendait ses pieds sous la table et, en pensée, concevait des échanges furieux.
"Ce que tu écris est ostentatoire, présomptueux, bouffi d'orgueil, vaniteux, arrogant.
- Tu te rends compte, lui disait-il, que ces mots – par ailleurs assez insultants – sont tous plus ou moins synonymes ?
- Il y a des variations et, inconsciemment, tu les maîtrises toutes.
Quel dommage qu'il ne pût la voir. Ses yeux brillaient : mille petites putes riaient en elle.
- Tu n'es pas obligée de m'agresser.
- Allons, secoue-toi un peu.
- ...
- Tu es un écrivain raté. Tes amis, ta famille en conviennent. Ils en font le sujet de repas, réunions, qu'ils baptisent, de façon mensongère, Noël, Pâques, anniversaire, baptême.
- ...
- Pour désamorcer les tensions, les petites querelles de chapelles – il y a parmi vous quelques végétariens, jéhovahs, fonctionnaires –, on lit quelques extraits de ton premier roman, et l'on rit de bon coeur."